Cultiver la petite échelle à Beyrouth

Carole Lévesque

Communiquer avec un étranger, qu’il soit chez nous, ou que l’on soit chez lui, nécessite que l’on soit capable de reconnaitre les différences qui nous distancient ainsi que notre incapacité à partager les mêmes règles, les mêmes acquis, les mêmes perceptions.  Si la position d’étranger semble à priori en être une vulnérable et jusqu’à une certaine limite appauvrie, elle est aussi une position privilégiée puisque libre de références locales. Étant incapable de saisir la complexité des référents passés, l’étranger ne peut s’y enliser et se conformer complètement à ce que la culture locale exige, portant un regard neuf et naïf sur la situation, un regard si non actif, du moins optimiste.

Beyrouth est une ville formée par la complexité et le contraste, où le poids du passé, des dissensions sectaires, la reconstruction à tout prix, sans compter l’absence de l’espace public, entraînent de nombreux interdits, non-dits et barrières. La situation politique chaotique a permis au grand Beyrouth de se développer sans grand souci pour la planification et a permis à des groupes politiques ou religieux de réclamer certaines zones de la ville.  Il devient donc difficile de saisir complètement la complexité entrainée par l’intervention architecturale puisqu’au-delà de ce que permettrait de connaître une étude historique, de nombreux éléments se cachent dans le tissu social. Y enseigner l’architecture, du moins pour l’étranger, requiert donc, au-delà des exigences disciplinaires, le développement d’une sensibilité humaine et urbaine face à une situation où on arrive difficilement à en saisir la globalité.  Au-delà des méthodes pédagogiques, il devient nécessaire de développer une relation réciproque où les rôles d’enseignant et d’étudiant puissent être parfois interchangeables, et où le développement d’un langage commun est crucial.  

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