Représentation et construction du terrain vague: le dessin d'architecture comme outil d'investigation

Carole Lévesque

Si le terrain vague suscite un intérêt certain dans les discours architectural, artistique et urbanistique, il est très largement considéré pour son potentiel de développement, son potentiel d’appropriation ou encore pour sa décrépitude néfaste à l’image de la ville et à l’établissement de communautés peu désirées, plutôt que pour sa participation à imaginer et à faire la ville. Donnant suite à une recherche-création sur la rencontre de l’architecture temporaire et du terrain vague à Beyrouth, au Liban, l’originalité de cette recherche tient dans sa proposition que le terrain vague est nécessaire à la constitution même de la ville, et qu’il peut être construit au même titre que ne le sont les bâtiments et autres lieux de la ville. Le projet met donc en place une lecture nouvelle du non-désigné dans la ville contemporaine, et une ouverture quant à sa participation dans la perception de la dynamique urbaine.

 

À partir d’un texte majeur sur le sujet, publié en 1995 par Ignasi de Sola-Morales dans l'influente revue Any, le projet de recherche propose de documenter le terrain vague en deux périodes, soit la période contemporaine, de ces 20 dernières années, et une analyse historiographique qui consiste à composer le paysage du terrain vague par l’entremise de cas exemplaires dans l’histoire de l’art et de l’architecture, pré 1995. Développée selon deux axes principaux, soit la représentation et la construction du terrain vague, la recherche permet de cerner l’importance du terrain vague dans la représentation, la perception et les pratiques de la ville et l’établissement d’un langage architectural pour la construction du terrain vague.

 

En étroite relation à l’investigation théorique, le volet création de ce projet de recherche démontre la potentialité de la représentation architecturale à stimuler la participation du non-désigné dans la perception de la ville et les transformations urbaines. Dans le second axe de recherche, soit celui de la construction du terrain vague, le projet de création explore la représentation du terrain vague sur les bases de la représentation architecturale, soit le dessin en projection orthogonale : Comment faire le projet du terrain vague? Comment dessiner le vide?  Ces questions, supportées par les documentations contemporaines et historiques, suppose que le dessin à la main permet d’incorporer l’expérience du lieu à la représentation, que le dessin d’architecture peut contenir le même pouvoir narratif que d’autres pratiques artistiques qui s’intéressent au terrain vague, notamment la photographie, et ainsi entrer en dialogue avec elles. L’exploration permettra de démontrer que le dessin d’architecture peut aller au-delà de sa spécificité technique, fixe et mesurée.

 

La combinaison de deux axes de recherche, représentation et construction du terrain vague, pose cette proposition dans un espace non-réclamé de la représentation du terrain vague et dans sa participation à la construction de la ville contemporaine. Elle permettra d’associer la représentation du terrain vague au discours architectural, de mettre en place un paysage historique du terrain vague et de conduire des liens constructifs entre les médiums interpellés par le travail d’analyse et de création. La recherche propose ainsi que le terrain vague n’est pas qu’un espace abandonné ou en attente de développement, mais qu’il est tout aussi constitutif de la ville que ne le sont les lieux construits et que c'est à travers sa représentation, notamment sa représentation architecturale, qu'il participe activement à l'imaginaire et au discours sur le développement de la ville.

Ce projet a reçu le soutien financier du CRSH recherche-création et du CELAT